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Genre : Action-RPG
Éditeur : Square Enix
Développeur : Square Enix - Platinum Games
Supports : PS4 - PC
Sortie française : 10 mars 2017 (PS4) - 17 mars 2017 (Steam)


Lorsqu’on se rappelle l’émoi suscité par NieR en 2010, on se remémore une poésie macabre, un gameplay hybride et surtout une expérience procurant un profond sentiment de satisfaction. La gestation d’une suite paraissait aussi excitante qu’inespérée à cause d’une réception commerciale indifférente à ces fulgurances, et l’annonce d’Automata durant l’E3 2015 fut à peine croyable. Difficile pourtant de suivre les traces de Kainé, Weiss ou Émile. Surtout lorsque ses concepteurs décident de ne rien garder, et de tout refaçonner dans un alliage post-apocalyptique. Marquer tout autant sans jamais vouloir supplanter, un leitmotiv auquel se sont attelés Square Enix et Platinum Games pour un résultat brillant de bout en bout.
Par Skypirate


AVANT-PROPOS :

Encore sous l’emprise de NieR et à la recherche de sensations trop rares ces derniers temps, mes premières heures en compagnie d’Automata furent empruntes de ravissement mais aussi d’une appréhension tenace. La jubilation d’un système de jeu dynamique et personnalisable à souhait, tout comme la découverte effrénée de fresques époustouflantes portées par des mélopées tout aussi poétiques. La recherche du fameux « supplément d’âme », de niveaux de lecture complémentaires, d’échanges savoureux entre des personnages forcément torturés, d’une espèce d’instabilité qui transcende la simple démesure des affrontements, m’a pourtant pris en tenaille jusqu’à me faire douter, et jusqu’à me faire oublier les propos de Taro Yoko, le réalisateur du jeu, qui expliquait récemment de pas vouloir se répéter. Sans rien vous révéler d’une aventure qui vous collera plus d’un frisson, autant vous prévenir qu’Automata se joue volontiers de l’étiquette qu’on veut bien lui coller jusqu’à nous faire définitivement oublier ce pour quoi nous étions venus à lui.



L’introduction de NieR: Automata illustre bien l’ambition de ses concepteurs et les moyens déployés pour en permettre l’exécution. Square Enix s’est donc offert les services de Platinum Games et de son expérience solide dans les jeux d’action pour insuffler un rythme nouveau aux rixes nous opposant à des machines tueuses. 2B, notre héroïne androïde, peut s’équiper de deux armes parmi un arsenal qui rappellera quelques souvenirs aux joueurs qui connaissant bien le studio. À grand renfort d’esquives, d’attaques aériennes et d’exécutions violentes, on empile la ferraille sans le moindre état d’âme. Un joyeux bordel pourtant très lisible qui propose de s’appuyer également sur l’aide d’un petit pod mécanique, permettant des attaques nourries à distance. Le titre ne manque en tout cas pas de challenge, avec ses ennemis évolutifs qui s’alignent sur votre courbe de progression, et ses boss particulièrement remuants. La dimension hybride du titre s’épanouit également lors de phases empruntées au shoot’em up qui se révèlent plaisantes et délibérément rétro. Impeccablement intégrées, elles offrent un souffle supplémentaire à l’aventure qui se vit comme une course effrénée, avec un sentiment de débordement presque permanent, même oppressant, à l’image de cette planète Terre suffocante.

L’humanité est presque éteinte depuis l’invasion des machines qui n’ont laissé qu’une terre aride, jonchée de carcasses qui évoquent une lutte âpre et qui aura forcé les hommes à l’exil. Depuis la Lune et des satellites, les humains tentent de reprendre la main dans une lutte désespérée qui court depuis des siècles. Ils ont placé tous leurs espoirs dans la conception de soldats androïdes, les YoRHa, dont nous incarnons deux des éléments les plus prometteurs, 2B et 9S, ce dernier étant un jeune éclaireur dont les facultés pour le piratage sont d’un grand secours. Le terrain de jeu offert par NieR: Automata est avant tout une mégalopole rongée par la végétation dont il ne reste que des bâtisses délabrées couvertes de ronces. Du parc d’attraction presque organique au désert immense où 2B virevolte sur le sable chaud, jusqu’à une forêt peuplée de machines hostiles qui jouxte un immense château, NieR: Automata multiplie les tableaux bucoliques qui renvoient à une certaine mélancolie. Tout semble à la fois lié et déconnecté dans un huis-clos singulier où chacun des grands espaces évoque la solitude des personnages éprouvés par une guerre qui n’en finit pas.




NieR: Automata se joue aussi des contradictions qu’il développe sciemment durant toute la première partie du jeu (la partie émergée de l’iceberg) jusqu’à provoquer l’embarras chez le joueur et ses avatars. Il suffit d’écouter 9S balbutiant – à juste titre – que tout cela « n’a vraiment ni queue ni tête » sous l’oreille imperturbable de 2B, pour saisir que le trouble fait tout le sel de l’expérience. C’est d’autant plus prégnant que notre héroïne est bien loin de l’éloquence des personnages imaginés par Taro Yoko. Si tout cela préfigure d’abord d’une mise à distance entre les personnages (androïdes, rappelons-le) et le joueur, le titre s’appuie sur d’autres ressorts particulièrement efficaces pour nous embarquer. Le jeu survole dans un premier temps tous les sujets qu’il met en lumière en piquant suffisamment notre curiosité pour nous inviter à poursuivre l’épopée. Gratter le vernis superficiel pour voir ce qui se cache en dessous, quand bien même la vérité devrait-elle être déchirante, voilà au fond ce qui semble constituer une part de l’ADN de NieR.

Au-delà des thématiques décrites dans l’aventure, la condition androïde de vos personnages est intimement liée au système de jeu (et plus encore, soyez-en sûrs !) puisque vous devrez vous équiper de puces qui ont un impact à la fois sur vos attributs (endurance, puissance d’attaque, capacités défensives) mais aussi sur l’UI (affichage de la carte, de vos points de vie, niveau de vos ennemis) pour une expérience ultra personnalisable. En plus d’en rajouter une grosse louche question cohérence, les puces permettent d’exploiter le système de combat comme bon vous semble et de configurer plusieurs modèles manuellement ou via l’optimisation automatique par affinités (privilégier l’attaque, la défense, ou l’équilibre général). Si le pod est évolutif lui aussi, il exige pour ce faire des ressources que vous mettrez un moment avant de réunir mais vous pourrez modifier son attaque spéciale aisément contre quelques deniers.




Si l’enrobage technique de NieR l’avait clairement situé trop en marge, Automata a heureusement revu son orientation avec une réalisation plus ambitieuse même si toujours à la traîne. La version PS4 Pro offre à cet égard plusieurs améliorations graphiques ainsi qu’un framerate plus véloce pour supporter les chorégraphies de 2B. Le titre compense ses textures parfois vilaines par un travail à la fois artistique et de mise en scène très inspiré pour un ravissement visuel certain. C’est encore plus vibrant grâce à la sensibilité de Keiichi Okabe (et de son équipe) qui est parvenu à éviter certains écueils avec des compositions enivrantes, à la fois familières et bourrées de personnalité. Plus éclectique que jamais, le compositeur nous livre un travail qui entre en parfaite résonance avec les moments-clés du jeu pour une alchimie émouvante. Quelques mots également sur la durée de vie du titre qui a été bien hâtivement pointée du doigt à la sortie japonaise. Il vous faudra pas moins de trente heures de jeu pour faire le tour du fil rouge sans rien voir des à-côtés, et si le générique venait à se déclencher précipitamment, continuez votre partie sans relâche pour en découdre avec ces machines.

La question du lien qu’entretiennent l’épisode original et Automata tient à des références subtiles distillées çà et là sans jamais verser dans le fan service facile. Le titre propose de nombreuses archives, aux formats parfois inattendus, permettant aux plus curieux de mieux comprendre le développement chronologique ayant mené aux événements actuels. Si le jeu s’achève avec le sentiment tenace que tout paraîtra fade un bon moment, il recèle bien des distractions annexes qui pour certaines prolongent habilement l’expérience…

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Succéder à NieR était un pari dangereux auquel Taro Yoko s’est attelé avec le grain de folie qu’on lui connaît. Sans vouloir redéfinir les paradigmes du genre, Automata parvient à imposer sa singularité et à rendre crédibles ses enjeux. Je souhaitais à Square Enix fin 2016, « toute l’inspiration du monde pour faire de NieR: Automata un jeu marquant » et j’ai été exaucé bien au-delà de mes espérances. Happé par un récit intelligent avec ses personnages écorchés, séduit par un système de jeu intuitif où Platinum Games exulte de générosité, je suis encore troublé par ce que je viens de vivre avec un sentiment de satisfaction viscéralement renouvelé.


mis à jour le 06/03/2017

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